Les mots de la compagne d’un pédophile abstinent

Nous publions ici le touchant témoignage d’une des milliers de compagnes de pédophiles qui nous contactent pour mieux comprendre leurs compagnons et les aider à gérer leurs troubles. Dans un monde qui se gave toujours plus de cynisme et indifférence, il devient essentiel de se souvenir que l’amour existe et qu’il peut triompher sur les pires difficultés.

 

Bonjour Latifa,

Merci pour votre accueil téléphonique de la semaine dernière et pour votre engagement. Je vous avais appelée afin de trouver le meilleur positionnement possible afin d’accompagner au mieux mon compagnon en souffrance du fait de ses affects pédophiles.

En parcourant votre site et aussi au gré de mes recherches et réflexions sur le sujet, il m’a paru de plus en plus évident que je devais soutenir votre action à mon niveau : celui d’un membre de l’entourage proche d’une personne pédophile.

Je vais donc témoigner, de façon anonyme dans un premier temps, car mon compagnon n’est pas prêt à effectuer ce qu’on pourrait appeler son coming-out.

Comment le pourrait-il, dans une société qui n’accepte ni sexualités ni déviances, ni maladie psychique? Dans cet environnement bien pensant, normatif, homophobe, misogyne, psychophobe (et je pèse mes mots) où il n’y a pas de place pour le hors-norme?

Et pourtant mon compagnon l’est, hors-norme. Et pas que du fait de ses attirances. Il l’est par son intelligence hors du commun, sa sensibilité, son ouverture d’esprit.

Sa sexualité est ce qu’elle est, parce qu’elle lui échappe.

Avez-vous choisi messieurs dames, votre hétérosexualité? Savez-vous que l’homosexualité est sortie du DSM [le registre des maladies mentales ndr] et n’est donc plus considérée comme une pathologie?

Je sais que la pédophilie et les paraphilies en général y sont décrites en revanche. Mais qu’est ce qui rend malade mon compagnon? Sa sexualité ou le fait de ne pas pouvoir la vivre?

Car c’est de cette impossibilité de ne pouvoir vivre cette facette de sa sexualité que découle le mal être. D’une part du fait de l’immense frustration sexuelle et affective que l’abstinence engendre, d’autre part de la sensation de ne pas pouvoir être soi.

Vous avez bien lu : abstinence. A vie. Parce que mon compagnon est pédophile pas pédosexuel. Cela signifie qu’il s’interdit le passage à l’acte. Il sait, avec toutes ses qualités citées plus haut, qu’un enfant n’est pas câblé pour avoir des relations sexuelles avec un adulte, et à quel point cela est destructeur pour lui.

De son propre aveux, il préférerait s’ouvrir les veines que de passer à l’acte.

Souvent le pédophile aime les enfants, je sais, cela vous hérisse. Et parce qu’il les aime, les détruire le détruit aussi.

Renseignez-vous. Au plus vous le serez, au moins vous aurez de préjugés. Vous serez alors plus apte à protéger et sensibiliser vos enfants.
Avec moins de préjugés, vous permettez à des pédophiles d’exister, sans se marginaliser, s’isoler. Exister c’est être considéré, comme un humain avec ses forces et ses faiblesses. C’est partager, et c’est trouver les ressources pour se faire aider.

Mon compagnon n’est pas qu’un pédophile. Ça, c’est une partie de sa sexualité et plus largement de sa vie affective (oui il a des sentiments aussi et surtout…). Il n’est pas pédosexuel. Il n’est pas un pervers psychopathe.

Pourquoi existe-il un numéro vert pour l’enfance maltraitée et pas pour les souffrants sexuels hormis l’action et l’écoute de Latifa BENNARI? Il n’y a ni prévention ni accompagnement en France. On prévient seulement la récidive.

On attend la chute, alors, d’un adulte en souffrance et parfois de sa victime. A conspuer le pervers présumé on en crée un système encore plus pervers…

On réagit maintenant ou on attend d’autres suicides et d’autres viols?

Merci de votre attention.

Une compagne d’un pédophile abstinent

Un réalisateur partage ses ressentis sur les groupes de parole

Les groupes de parole organisés par L’Ange Bleu prévoient souvent un petit espace dédié aux observateurs (professionnels, étudiants, etc) pour montrer la validité de notre démarche et la réalité des besoins auxquels elle répond, et aussi pour que d’autre commencent à se former à la méthode de Mme Bennari. Nous publions ici un courriel d’un de ces observateurs, un réalisateur et producteur qui a voulu nous communiquer ses ressentis.

Bonsoir Latifa,

Je tenais à vous remercier une fois encore de m’avoir convié à ce groupe de parole. Je regrette vivement de n’avoir pu rester jusqu’à son terme : je n’avais aucune idée de la durée des discussions et je devais hélas vraiment me rendre à un rendez-vous.

Mais ce que j’ai vu m’a permis de comprendre pourquoi plusieurs détenus m’ont parlé de votre travail avec tant de passion : rien de ce que j’ai vu sur place ne correspond à ce que j’ai observé dans les centre de détention, auprès des SPIP ou auprès du personnel de soin.

Votre manière très directe d’aborder les choses, sans ambages, sans fausse pudeur, en appelant un chat un chat, en intervenant quand vous le sentez nécessaire, quitte à interrompre votre interlocuteur, tout simplement parce que, d’instinct, vous semblez sentir naturellement que le moment est opportun, qu’il faut recentrer, qu’il faut préciser, qu’il faut orienter — cette manière-là m’a, dans un premier temps, désarçonné. Mais j’ai dû reconnaître, devant l’évidence, que vous faisiez chaque fois mouche, par expérience bien sûr et, une fois encore, m’a-t-il semblé, par instinct.

Vous m’avez fait, je dois l’avouer, l’impression très forte, très saisissante, d’une funambule par grand vent, mais tellement maîtresse de son art que je n’ai jamais eu peur de la chute : très vite, je voulais surtout savoir comment vous alliez assurément vous en tirer, où vous vouliez obstinément en venir, car toujours je comprenais que vous aviez systématiquement derrière la tête une idée, que vous saviez très bien où vous mettiez les pieds. Ce qui est par surcroît impressionnant, c’est que les habitués de vos groupes de parole semblent avoir pris exemple, avec le temps, sur vous, et osent régler leur pas sur le vôtre, intervenant eux aussi sans crainte, opportunément et à bon escient — et eux aussi comme à l’instinct. Peut-être tout simplement du fait de leur « expertise » ; mais aussi, j’en ai en tout cas l’impression, en bonne partie par votre influence bienveillante.

L’autre chose qui m’a semblé tout à fait inattendue (et bienvenue !), c’est l’ambiance étonnamment apaisée, détendue mais aucunement désabusée, qui accueille les rires salutaires, dont elle sait qu’ils permettent d’un peu, lorsque nécessaire, dépassionner, calmer le jeu ; sans pour autant, jamais, car ce serait proprement indécent, minorer l’importance des enjeux.

Pour qui comme moi s’intéresse pourtant à cela depuis longtemps, l’étrange simplicité, l’étrange évidence de ces échanges laisse nécessairement stupéfait et curieux d’en découvrir davantage.

Toute ma gratitude, donc, pour m’avoir ainsi accueilli.

À bientôt,

Gérard X
Réalisateur, Producteur

Un père de trois enfant dépendant de la pédopornographie

Vous pouvez lire ici un courriel arrivé à Mme Bennari des Etats-Unis. Encore une fois, on peut voir comment le manque de structures de soutien et d’écoute en amont abandonne les personnes aux prises avec des désirs pédophiles (réels ou virtuels) à elles-mêmes, seules avec leur souffrance et leur secret. Beaucoup n’arrivent pas seuls à s’empêcher de devenir des délinquants sexuels (réels ou virtuels).

Je suis heureux de découvrir votre site et l’existence de votre travail.

Je suis européen d’origine et marié à une américaine, j’habite aux Etats Unis à X. Je me sens concerné par la consommation de la pédopornographie. Malgré les mesures répressives et les risques d’être repéré par les services de police, je n’arrive pas à arrêter même si j’ai essayé plusieurs fois. Je n’ai aucun désir ni problème avec les vrais enfants même lorsque je suis seul avec eux. Je me reconnais beaucoup dans certains de témoignages des pédophiles abstinents. Portant j’ai trois enfants que j’adore mais avec qui je suis un bon papa et rien d’autre. J’aime et désire mon épouse mais cela ne m’empêche pas de replonger dans cet enfer virtuel en sachant bien que les enfants derrière la toile ne sont pas des acteurs mais des véritables victimes.

J’ai découvert la pornographie adulte à l’âge de 12 ans dans des vidéos cachés dans la chambre de mon grand frère. Je les regardais rarement mais petit à petit c’est devenu comme une drogue et à force de regarder et à chercher des nouveautés, j’ai découvert à 18 ans la pédopornographie et je me suis retrouvé dans mes souvenirs de 12 ans avec la même excitation.

Lorsque j’ai rencontré a femme, j’ai pensé que ce besoin allait disparaître et je me suis trompée. J’ai essayé de me raisonner et de contourner les sites pédophiles mais les pulsions étaient plus fortes du côté des enfants. Je commençais à avoir des sueurs dans  la nuit et ma femme se posait la question sur ma santé. Elle était loin d’imaginer que j’avais vraiment besoin d’une aide spécifique et que si une association comme la vôtre existait je ne serais pas arrivé à ce stade de ma dépendance.

En lisant vos page sur votre site et tous les articles qui présentent votre démarche, j’ai retrouvé l’espoir. Je suis prêt à me faire aider et si nécessaire, je me rendrai en France pour participer à vos groupes de parole. J’ai lu sur votre association aux USA n’est pas encore opérationnelle, avez-vous une idée sur son ouverture ? Je crois que les Etats Unis auraient besoin de développer votre action dans la mesure où elle correspond totalement aux besoins des milliers de pédophiles abstinents mais consommateurs de la pédopornographie.
Je ne comprends pas pourquoi ces sites existent, pourquoi ils sont facilement accessibles et pourquoi les producteurs et réalisateurs ne sont pas poursuivis ?

Merci et bravo pour ce que vous faites et surtout continuez et transmettez cette formidable et admirable action. J’ai vu également que vous avez écrit un livre et attends sa publication aux Etats Unis avec impatience.

G

Espoir et parcours d’un ex-enseignant arrêté pour pédopornographie

Nous publions ici un e-mail reçu par Mme Bennari le lendemain d’un groupe de parole, de la part d’un des participants, un enseignant renvoyé après une arrestation pour téléchargement de matériel pédopornographique. Il raconte ici son parcours humain et ses espoirs pour le futur après le procès.

 

Bonjour Latifa,

j’espère que tu vas bien et ta voix aussi.
Encore merci pour ton accueil d’hier.
Comme la fois précédente, j’ai été très touché par les différents témoignages.

En ce qui me concerne, (je ne sais pas si cela s’est ressenti), je ne me sentais pas forcément bien.
Je voulais surtout contenir mon émotion.
Désolé de t’écrire là, et surtout ce qui va suivre (encore un long mail de ma part !), mais j’en avais besoin.
Je voulais revenir sur quelques points et essentiellement sur les questions que tu m’avais posées.

Lorsque tu m’as demandé pourquoi je n’envisageais plus de reprendre mon métier d’enseignant, je t’ai répondu que quelque chose avait été brisée. Je ne pouvais pas en dire plus car je savais que c’était douloureux pour moi.
J’ai choisi ce métier parce que je l’aimais. J’aimais travailler avec et pour les enfants.
J’ai toujours essayé de le faire avec professionnalisme en étant attentif aux élèves.
De plus, le travail chez moi est une valeur très importante (c’est une des valeurs transmises par mes parents).

Lorsque j’ai appris que mon affaire était portée à connaissance sur mon lieu de travail, j’ai ressenti comme un coup de poignard dans le dos. Je me suis senti « lâché » par cette grande maison de l’enseignement.
Bien entendu ce que j’ai fait est grave et en me remettant dans le contexte du printemps dernier, les affaires médiatisées ont forcément fait réagir ainsi mes supérieurs. Au fond, ils ne me connaissaient pas plus que ça et rien ne pouvaient vraiment leur garantir que je n’avais pas fait plus que ce qui m’était reproché. Ils ont voulu se couvrir à juste titre, je ne peux pas leur en vouloir.

Même si les réunions sur mon lieu de travail, se sont bien déroulées; même si aujourd’hui je reconnais que c’est un mal pour un bien, que je comprends leur démarche, ce « coup de poignard » fait que je ne me sens plus « digne » d’être enseignant. J’ai l’impression qu’il y aura toujours en moi un sentiment de suspicion qui « rodera » autour de moi.

Comme je te l’ai dit hier aussi, bien que je trouvais des enfants mignons, plus particulièrement les garçons (qui ce soit sur mes lieux de travail ou dans la rue), je n’avais pas du tout envie de leur faire quoique ce soit.
Je ne sais pas si je te l’ai déjà écrit, mais y’a quelques années (et j’étais déjà dans cette déviance), je donnais des cours à domicile et notamment à un jeune adolescent. Cela se passait dans sa chambre, comme d’ailleurs dans la plupart des cas avec mes élèves en cours particulier.
Un jour, ce jeune adolescent avait beaucoup de mal à se concentrer, il ne tenait pas en place et rigolait pour un rien. A un moment, il était debout face à moi, en survêtement, et j’ai remarqué qu’il avait une érection. Cela me gênait beaucoup (je suis quelqu’un de pudique, voire très pudique) et j’ai fait comme si de rien n’était. Je lui ai demandé de revenir s’asseoir et de se concentrer sur son travail. Ce qu’il a fini par faire.
Je dirai que c’est la situation la plus risquée que j’ai rencontrée. Elle aurait pu me faire déraper et pourtant je ne l’ai pas fait. Je ne l’ai pas fait parce que déjà cela ne m’est pas venu à l’esprit et puis cela m’aurait été impossible.
Avec mes élèves à la piscine, c’était la même chose, jamais il me serait venu à l’idée de leur faire quelque chose.
Que les enquêteurs, que la justice puissent me poser la question, même si c’est légitime, même si je comprends qu’on puisse me poser cette question, au fond de moi, j’ai l’impression que c’est comme si on ne me faisait pas (ou plutôt plus) confiance.
L’affaire récente du directeur en Gironde je crois, qui vient de se faire interpelé et qui filmait des enfants à la piscine m’a fait me dire en moi-même « j’ose espérer que personne n’ira imaginer que j’aurais pu faire ça ! » car jamais cela ne me serait venu à l’idée et sincèrement, j’aurai eu l’impression de violer l’intimité des enfants.

Chaque année, j’avais pris l’habitude d’aborder le sujet sensible des situations à risque avec les enfants. Ce n’était pas un travail très approfondi, mais j’essayais de les sensibiliser à ces risques (dans la rue, sur internet) sans pour autant les inquiéter plus que ça.
Le seul domaine que je n’arrivais pas à aborder, c’était le risque au sein même de la famille.
Ce qui me rassurait, c’est qu’ils étaient déjà bien informés en grande partie.

Aujourd’hui, je n’ai plus cette irréprochabilité.
Ce qui m’a fait le plus de peine, c’est cette réunion avec les enfants. Je n’en veux à personne de l’avoir fait, je le comprends.
Des bruits courraient, des inquiétudes. Mais franchement, je me dis quelle image garderont de moi les enfants ?
Des parents qui ont souhaité reprendre contact avec moi, des collègues dans cette même démarche, m’ont dit qu’ils gardaient une bonne image de moi.
Petite précision, je ne cherchais pas non plus à être l’enseignant parfait,  le plus sympa, le plus apprécié. Mais les années ont fait que je me suis rendu compte (et par chance) que j’étais en majorité apprécié, comme beaucoup de mes collègues.

Oui c’est dur pour moi de me dire que ce métier est terminé. Oui c’est dur, comme tu le soulignais à juste titre hier, qu’un amalgame soit fait entre des prédateurs en puissance et ceux qui ne le sont pas.
Moi-même parfois je me regardais dans le miroir et à me « cracher » dans mon reflet et m’insultant.
Et pourtant, j’aime les enfants de manière noble, et pourtant c’est collé dessus cette déviance.

On en parlait à la fin de la rencontre hier, mais y’a aussi le problème d’internet « outil formidable » mais à savoir utiliser.
On arrive trop facilement à trouver des sites légaux orientés vers le sexe. Et les jeunes sont effectivement plus facilement confrontés à cela. Ou encore des commentaires (notamment dans les recherches) où les mots sont pour moi, très crus, violents.

Plus encore aujourd’hui (et je sais que je prêche une convaincue), les jeunes ont un téléphone portable, bien souvent un smartphone. Et là aussi ils peuvent se retrouver confrontés à des situations difficiles.
Je ne sais pas comment moi j’aurais vécu mon adolescence si ces outils avaient existé à mon époque, mais peut-être pas forcément de manière sereine.

Les géants de l’internet (comme Google, Yahoo, MSN, Facebook…) devraient plus encore être vigilants. Et bien entendu, les politiciens aussi.

Tu m’avais demandé aussi si j’aurais fini par faire une démarche pour m’en sortir si je n’avais pas eu l’arrestation.
Depuis quelques temps (est-ce lié au fameux directeur de l’école ?), j’avais fini par admettre que si je n’arrêtais pas, j’allais finir un jour ou l’autre par me faire arrêter. Cela ne m’a pas empêché, une nouvelle fois, de mettre cela de côté, de me voiler la face, et de retourner sur internet…
Une bonne semaine avant mon arrestation, j’avais décidé (enfin) de ne plus aller sur internet. Je t’avoue qu’au début c’était aussi plus dans l’optique de « me mettre au vert » un temps (désolé pour les propos). Mais je me disais quand même que cette fois-ci, j’arriverais peut-être à m’en éloigner.
J’étais encore loin hélas de pouvoir supprimer les images, les vidéo mais je me disais aussi que peut-être à force j’arriverais à m’en défaire.
C’est facile maintenant que j’ai été arrêté et mis en examen de dire cela mais : oui je regrette de ne pas mettre fait plus violence avant afin d’arrêter par moi-même. Oui, je regrette de ne pas m’être pris en charge plus tôt pour en parler à quelqu’un, d’avoir contacté ton association avant.
Ce qui est fait EST fait, et comme me le disait S hier, il me fallait peut-être cette arrestation pour que je réagisse enfin.

Hier, et à juste titre, tu me demandais ce que j’envisageais de faire maintenant, comment combler « le vide ».
Comme je t’ai dit, déjà, d’avoir pris contact avec l’association, de t’avoir rencontrée, de participer à des groupes de paroles cela m’aide beaucoup et je me sens « utile ».
Venir en aide aux autres et surtout indirectement protéger les enfants, les ados c’est quelque chose qui me tient à coeur. Certes, ça n’effacera pas ce que j’ai fait, mais ça me permet aussi de redonner un sens à ma vie.
Je veux continuer sur cette voie qui est la seule à ce jour qui me paraisse louable pour moi au regard de ce que j’ai fait.

Je garde aussi cette belle image du couple de O que tu as fait venir pour témoigner. Cela m’a ému car dans le fond, j’aimerais pouvoir vivre « normalement » une vie en couple ou du moins, partager avec quelqu’un, une vie sentimentale.
Et surtout, j’aurais tant aimé être père. Plusieurs personnes me disent que cela n’est pas trop tard, que ça pourrait être justement un garde-fou supplémentaire.
J’avoue qu’à ce jour, et comme je le disais hier, je ne suis pas prêt déjà à avoir un(e) petit(e) ami(e) . Et ce que tu m’as dit  est certainement ce qui me retient au fond de moi aussi en ce moment : « il faut mieux attendre mon jugement avant ».

Je ne sais plus si je t’en avais parlé (je t’ai tellement écrit de lignes !!!) Avant mon affaire, j’avais parfois l’idée de partir, de tout quitter, de donner des nouvelles à ma famille, à mes amis mais qu’à force ils finiraient par ne plus trop penser à moi, à s’habituer à mon absence. (Cette idée je l’ai eu après être tombé amoureux d’un jeune homme (âgé de 30a) qui ne partage pas mes sentiment.)

Je ne me rendais pas compte (ou je ne voulais pas m’en rendre compte) que des personnes (à commencer par ma famille) tenaient à moi, m’aimaient. Je sais que c’est particulier d’écrire cela, mais dans le fond, je pense que je ne méritais pas l’amour, l’intérêt des gens et en même temps, je sens bien que j’en avais besoin. Curieusement (?), je suis quelqu’un de sociable et encore plus aujourd’hui même si j’ai beaucoup d’appréhension à aller vers les autres.
Il y a des gens autour de moi qui me font toujours confiance.
Je me dois d’être à la hauteur.

Ce qui est certain, c’est que je n’ai plus envie de faire souffrir autour de moi, je n’ai pas envie d’être un boulet pour mes proches et pour la société.

Voilà, je vais te laisser mais avant cela, je te remercie infiniment de m’avoir permis de revenir participer à un groupe de parole hier. Merci aussi de m’avoir donné la parole, d’avoir présenté brièvement mon témoignage comme « pouvant servir » à s’arrêter avant qu’il ne soit trop tard, avant que la police ne débarque un matin chez soi…

Si mon histoire (sans être une référence particulière) peut aussi aider ne serait-ce qu’un consommateur d’images à réagir pour ne plus continuer sur cette voie sans issue, alors ça sera un plus pour moi.

Bonne fin de dimanche à toi, bon courage
et à très bientôt j’espère !
Tu es vraiment une femme extraordinaire ! Merci vraiment à toi pour tout !
Amicalement
S/P

PS : je commence à être moins en mode « parano », j’ai fini (enfin !) par indiquer mon métier (bon, en même temps, ce n’était pas bien difficile de deviner dans quel domaine je travaillais, mais c’est tout de même nouveau pour moi, c’est grâce en grande partie, à toi, alors encore une fois : merci !!!

Six mois après le contact avec L’Ange Bleu

Nous publions ici le témoignage de T, écrit six mois après avoir pris contact avec L’Ange Bleu la première fois. Il est facile de voir comment le fait d’avoir pu être écouté et soutenu a changé sa vie en positif. Les besoins exprimés par T et milliers d’autres comme lui sont clairs et notre expérience, comme ce témoignage le montre, prouve qu’il est possible d’y répondre.

 

Six mois après ma rencontre avec Latifa de l’ange bleu

J’avais déjà écrit le 19 juin 2015 un peu après avoir rencontré Latifa et avoir commencé mon sevrage de la pédopornographie. J’avais fini mon écrit sur une note positive et j’ai bien eu raison car aujourd’hui ma vie a repris son sens!! Je peux donc dire que je suis heureux dans ma vie actuelle. Je voudrais donc témoigner de nouveaux pour donner de l’espoir aux personnes qui sont dépendantes de la pédopornographie et leur dire que c’est possible de s’en sortir et d’avoir une vie beaucoup plus saine et heureuse avec de la joie de vivre et de la sérénité.

1: Mon contact avec L’Ange Bleu et Latifa Bennari

Je peut donc dire que Latifa m’a sauvé la vie car sans elle je n’aurai jamais pu m’en sortir ; je pense que j’aurai été toujours accro à ces vidéos, photos, et les autres mangas pédopornographiques. Je dis bien m’a sauvé la vie car j’avais accumulé une telle frustration, une telle mauvaise image de moi, un isolement et mal-être profond que je pense que j’aurai fini par mettre fin à mes jours, ou peut-être même par tenter de reproduire ce que je voyais sur ces images et vidéos que je trouvais et que je sentais tellement malsains et atroces mais avec lesquels je « nourrissais » mon esprit plusieurs heures par jour. J’ai donc contacté Latifa par mail et elle m’a répondu quelques heures après…

Sa réponse a transformé ma vie, je me sentais totalement isolé et je pensais que personne ne pouvait me comprendre. Grâce à elle, j’ai compris que la seule solution pour moi pour m’en sortir, c’était le sevrage total de ces vidéos, ces images qui étaient la cause principale de mon malheur. Nous avons continué quelques échanges par mail, puis par des conversations téléphoniques qui m’ont énormément aidé.

J’ai lu aussi le dernier livre de Latifa dans lequel j’ai pu me reconnaître dans certains témoignages et aussi qui m’a permis de comprendre pourquoi j’en était arrivé là, que je n’étais pas un monstre, et surtout que j’avais les possibilités de m’en sortir par moi-même.

J’ai aussi participé à un groupe de parole organisé par Latifa qui m’a permis de rencontrer des personnes qui avaient le même profil que moi et surtout d’entendre la douleur des ex victimes d’agressions sexuelles dans l’enfance. Le fait de voir ces victimes en face de moi, de les entendre témoigner de la douleur qu’elles ont subi durant leur enfance et l’impact que ça a eu dans leur vie jusqu’à aujourd’hui m’a fait comme un électrochoc et m’a ouvert les yeux.

La rencontre avec L’Ange Bleu a été décisive pour ma nouvelle vie, je n’aurais jamais assez de mots pour remercier Latifa et les membres de L’Ange Bleu.

2 Le développement personnel

Latifa m’avez donné les clefs pour me sortir de mon addiction, puis j’ai commencé à chercher des solutions en même temps que mon sevrage pour pouvoir tenir le coup et essayer d’ avoir une vie plus remplie afin de remplacer le temps que je passais sur mon ordinateur à consulter ces fichiers pédopornographiques par du temps qui serait bénéfique dans ma vie. Je n’aime pas trop lire, mais j’avais l’habitude d’écouter des podcast et c’est grâce à ça que j’ai commencé à écouter des podcast sur le développement personnel.

Par la suite j’ai aussi lu quelques livres qui m’ont aidé à avoir plus confiance en moi, à diminuer la timidité et à pouvoir rencontrer des nouvelles personnes afin de sortir de ma solitude.

Grâce à ces podcast et livres de développement personnel j’ai pu faire un travail sur moi en profondeur, comprendre certains de mes comportements qui me bloquaient dans ma vie de tous les jours, dus aussi à mon enfance. J’ai pu constater que mon enfermement mental dans cette addiction était beaucoup du à ma grande timidité, et que je préférais m’enfermer dans ce monde virtuel, plutôt que de sortir et essayer de rencontrer des filles de mon âge.
Le développement personnel m’a beaucoup aidé à aller mieux, m’a permis de m’améliorer dans de nombreux domaines de la vie et je continue à m’y intéresser tous les jours.

3 La méditation

La méditation fut très importante pour moi aussi ; j’ai commencé à la pratiquer de pleine conscience il y a un peu plus de 3 mois. Le premier mois je n’ai pas ressenti beaucoup d’effets mais en ayant une pratique régulière entre 10 à 20 minutes par jour, j’ai senti mon anxiété, toutes les pensées négatives, les peurs inutiles diminuer. J’ai pu être plus serein, repérer les moments où j’étais plus susceptible de rechuter ; ça m’a permis aussi de comprendre un peu de mon fonctionnement et des fragilités de mon mental.

A ce jour je pratique tous les matins une méditation guidée une vingtaine de minutes. Je tiens à préciser que je suis athée et que donc les méditations que je pratique sont laïques.

4 La psychologue

Depuis ces six mois je suis suivi par une psychologue, et j’ai franchi le pas de lui parler de mon addiction a la pédopornographie. Je pense qu’elle a du mal à se mettre à ma place car elle n’a pas les outils pour comprendre. Cependant elle a pu m’aider dans d’autres domaines de la vie, ce qui fait que je vais mieux aujourd’hui. Je n’ai pas pu la voir autant de fois que je l’aurai voulu car cela me demande un investissement financier important et elle était beaucoup prise par son emploi du temps.

Bilan depuis ma rencontre avec Latifa Bennari de L’Ange Bleu

Aujourd’hui je suis heureux d’être en vie, je continue à me battre tout les jours, ma vie n’est pas parfaite, mais je l’apprécie telle qu’elle est. Je tiens à dire que durant mon parcours j’ai fait trois rechutes, 3 soirs où je suis retourné voir des fichiers pédopornographiques, mais je me suis relevé le lendemain. Je m’en suis beaucoup voulu lors de la première rechute mais les autres fois, j’ai pris ça comme une expérience et j’ai essayé de comprendre pourquoi j’avais rechuté. Maintenant je pense que les jeunes filles et fillettes on repris la place qu’elle devraient avoir dans ma tête : celle d’enfants et non d’objets de désir. Bien sûr je les trouve toujours jolies, j’adore leur spontanéité, mais je les vois différemment d’avant ma rencontre avec Latifa.

Pour moi le chemin a été difficile mais par rapport au calvaire qu’était ma vie avant le 1er mail de Latifa ce n’est rien. Je ne suis qu’au début, mais grâce au travail que j’ai fait sur moi et surtout grâce a L’Ange Bleu je n’ai plus de doutes sur le fait que je resterais à jamais un pédophile ABSTINENT. J’espère trouver la future maman de mes enfants rapidement, il me reste à continuer a vivre, et a rester vigilant sur les pièges que nous dresse la vie!!

J’espère que mon témoignage redonnera de l’espoir au personnes qui comme moi étaient au plus profond du gouffre, et qu’il y aura des personnes comme à L’Ange Bleu avec un cœur suffisamment immense pour permettre de transpercer notre carapace et nous redonner le goût de vivre et de pouvoir nous en sortir.

T

Prévention d’une potentielle dérive

On publie ici le témoignage d’un jeune adolescent qui, comme beaucoup d’autres, nous avait contacté au sujet de sa consommation de pédopornographie. Il a écrit, corrigé et complété ce texte avec l’aide de Mme Bennari pour que son histoire soit connue et puisse aider d’autres personnes dans des situations similaires.

Bonjour,

au moment où j’écris cette lettre j’ai 15 ans. Je vais raconter précisément ce qui s’est passé depuis le début de mon escalade vers la pédopornographie.

À l’époque je devais avoir 11 ans. J’étais en train de regarder un forum sur un site de jeux vidéos extrêmement connu et très fréquenté. Tout allait bien, jusqu’à ce que je tombe sur un lien donné au hasard. Je me dis « Rien de bien méchant », sauf qu’en cherchant les jeux, à la place je tombe sur des images pornographiques homosexuelles. Au début je trouve cela dégoûtant, mais à force de regarder ma curiosité a fini par l’emporter et ces images provoquent en moi une certaine fascination. C’est à partir de là que la consultation de sites pornographiques a commencé et le besoin s’est ressenti.

Pendant 4 ans j’ai visionné ce type de contenu sans me rendre compte des conséquences à mon âge. Les contenus pornographiques devaient être toujours plus extraordinaires, sensationnels, jusqu’aux images les  plus violentes. Je me disais qu’il n’y avait rien de mal à tout ça, que c’était juste des fantasmes, que c’était bien différent de la réalité.

Mais à force de chercher les nouveautés, je suis tombé il y a trois mois sur la pédopornographie et là j’ai retrouvé une sorte de plaisir que j’ai déjà ressenti lorsque j’avais découvert la pornographie la première fois. J’ai donc commencé à rechercher cette fois les sites  pédopornographiques qui sont d’ailleurs faciles à trouver. Je suis resté encore accro à la pornographie adulte, mais mes recherches pour la pédopornographie se sont déroulées à de rares occasions. Il est vrai que mes rares recherches ne m’inquiétaient pas, sans prendre au sérieux  ma consommation car j’éprouvais toujours le besoin de la pornographie légale.

Mais doucement j’ai commencé à faire  des recherches intensives, sur des sites légaux et sur des sites qui l’étaient (ou du moins qui avaient l’air de l’être) beaucoup moins. Je n’ai réussi à en trouver que sur deux sites, les mineurs qui correspondent  à mon plaisir devaient avoir entre 11-12 et 18 ans. Mais  je me suis quand même satisfait une fois par l’image d’une fille en CP (chose dont j’ai infiniment honte). J’ai d’ailleurs téléchargé une image que j’ai effacée immédiatement même si l’adolescente était nudiste. À chaque fois, mon désir me poussait à me masturber devant ces vidéos, mais une fois que le plaisir s’estompait, je regrettais et me sentais trahi par moi-même.

J’ai bien compris que les enfants  qui sont dans ces vidéos sont victimes des criminels ou sont inconscients de ce qu’on leur demande de faire. Un sentiment de culpabilité me dominait. Moi qui me voulais bienfaiteur pour l’humanité, voilà à quoi j’en étais réduit.

Pour rigoler, Mes copains m’appellent pédophile parce que je fais des blagues sur le sujet même si  tout le monde les prend à la rigolade. Mais certains camarades trouvaient mes blagues osées, me demandaient parfois pour rire: « C’est vrai que tu aimes les petits? ». Je leur réponds non, et c’est aussi parce qu’en réalité, je ne ressens rien devant les vrais enfants. Mais cette expérience m’a fait douter de moi. Suis-je comme les hommes dont j’entends parler régulièrement? Suis-je comme ceux que je désapprouve? Suis-je un pédophile?

En prenant conscience que ce que je faisais était grave, j’ai cherché sur Internet des informations pour une aide, je suis tombé sur le site de l’Ange Bleu et compris que c’est l’endroit je pouvais trouver les réponses à mes questions et mes angoisses et des conseils pour arrêter d’être ce que je rejette.

J’ai appelé le numéro inscrit sur le site. C’est la présidente elle-même qui m’a répondu et écouté avant de me poser des questions. Et cela m’a permis d’être rassuré et de me détendre. Elle a su libérer ma conscience par rapport à mon abstinence et félicité pour l’appel. Elle a tout de même tenu à me mettre en garde par rapport aux risques de compromettre ma vie d’adulte outre les risques des poursuites judiciaires souvent destructrices.

Aujourd’hui j’ai décidé de rester un élève normal de seconde, concentré sur ses études, passionné de jeux vidéo et de garder l’esprit ouvert à tout le monde et à tout, même à la sexualité. Car pour moi il n’y a aucun tabou à raconter ce qui m’est arrivé. Cela ne m’empêche pas de mettre en garde et dire en insistant que : La pornographie, qu’elle soit pédopornographique ou non, reste extrêmement nocive particulièrement pour les enfants ou jeunes adolescents. Aujourd’hui je l’ai compris, nocive pour nous, mais aussi pour les enfants ou mineurs acteurs. Je sais qu’il existe des personnes de mon âge qui ont vécu ou qui vivent encore mon expérience et qui n’osent pas en parler. Je sais que d’autres ont du chercher de l’aide pendant des années jusqu’à l’arrivée de la police.

Je me demande ce que je serais devenu plus tard si je n’avais pas trouvé l’Ange Bleu. Or parler, c’est souvent le remède à tout les maux. C’est aussi le meilleur moyen de nous protéger, alors protégeons d’autres.

Je remercie Latifa de m’avoir libéré d’un long silence et sorti d’un secret.

L’avis et le mot de Latifa BENNARI

Ce courriel adressé par un adolescent de 15 ans à peine à l’association L’Ange Bleu illustre l’incohérence et les aberrations de mesures prises dans l’urgence et de manière irréfléchie en réaction à des cas médiatisés qui ne constituent que des cas isolés (et minoritaires) par rapport à l’ensemble de la population pédophile.

Elles vont à l’encontre du bon sens le plus élémentaire, et aboutissent à un corpus de lois inadaptées qui ne font qu’aggraver une situation pourtant déjà alarmante. Élaborées dans le secret des cabinets ministériels par des législateurs ignorants du problème et de ses ramifications complexes, sans concertation aucune avec les associations de terrain compétentes (et plus particulièrement sur le thème de la pédopornographie), elles ne font qu’alimenter un appareil répressif aveugle dénotant un manque de discernement de la part de nos responsables politiques qui pose pour le moins question.

Ce message est exemplaire de la réalité vécue par les consommateurs de pédopornographie sur lesquels il est urgent que la société pose un regard débarrassé du voile opaque des préjugés qui nous empêche de mettre en place des solutions adaptées au problème que la prolifération des images fixes et mobiles sur internet, si faciles d’accès, pose en termes de santé mentale.

Le profil de ce jeune garçon est représentatif de la majorité des pédophiles virtuels qui s’enferment insensiblement dans une addiction aux images pédopornographiques sans pour autant mesurer la gravité des conséquences qu’elle entraîne aussi bien pour les enfants exploités qui apparaissent sur ces supports que pour eux-mêmes.

Seul le sevrage et un accompagnement adapté des personnes peut y mettre fin et dans certains cas prévenir toute possibilité d’un passage à l’acte, sachant qu’il n’y a absolument aucun lien nécessaire de l’un à l’autre et qu’un consommateur ne se retrouvera que dans un nombre infime de cas amené à agresser des enfants.

Au contraire, le silence et le régime de la terreur (chasse à l’homme pratiquée dans les rangs du ministère de l’Éducation Nationale) imposés aux pédophiles (consommateurs de pédopornographie, pédophiles abstinents, sevrés et/ou repentis) ne font que renforcer l’isolement et la fragilité de ces derniers et par là même ne font qu’accroître le degré de dangerosité qu’ils pourraient éventuellement représenter pour la société et plus particulièrement pour nos enfants.

Nous avons le choix de continuer dans une voie que les faits eux-mêmes révèlent depuis longtemps (des dizaines d’années) être une impasse, ou réfléchir à mettre en place des moyens plus adaptés à la situation. Nous attendons désormais des femmes et des hommes politiques qui représentent la Nation française qu’ils prennent enfin leurs responsabilités et tirent la leçon de leur échec en développant une politique préventive à visage humain, mettant un terme au discours démagogique qu’il tienne face à une opinion publique versatile à des fins purement électoralistes, achevant d’appliquer systématiquement et à l’aveugle un principe de précaution dont l’usage abusif dénote une méconnaissance totale du problème qu’ils ont à résoudre.

Demande d’aide d’un consommateur de pédopornographie

Nous publions ici une demande d’aide très représentative de toutes celles qu’on reçoit chaque jour. L’auteur, T, a écrit de nouveau après six mois pour montrer combien le fait d’avoir pu être écouté et conseillé l’a affecté positivement.

Bonjour

Tout d’abord merci pour le combat que vous mener chaque jour auprès de votre
association.

Je vous suis depuis quelque temps j’ai vu un reportage sur LCP ou on parler
de vous, je vous ai entendu dans des émissions radios grâce au ponças et
j’ai parcouru votre site interne.
Je vous admire beaucoup pour tout ce que vous avez fait et que vous faite.

Voila je vais rester anonyme (je suis très paranoïaque à ce sujet j’ai trop
peur que mon mail soit intercepté) donc cette adresse mail c’est une boite
mail que je viens d’ouvrir et je ne ferai pas apparaître mon nom.

Je suis un jeune homme de 27 ans, j’habite en Normandie , ma vie sociale et
quasi nul, très peux d’amis et d’ amoureuses, je sort presque jamais le
soir, je suis timide, réserver, mal dans ma peau, trop gentil, travailleur
,je suis très proche de ma famille,  je vis encore chez ma mère car la
solitude me pèse beaucoup.

Voila je vous contacte car ma vie devient chaque jour un enfer de plus en
plus!

Je suis attire depuis l’âge de 17 ans environ par les petits garçons qui on
entre 7 et 12 ans juste avant leur puberté et je suis accros aux vidéos,
photos, dessin, pornographique que l’on peut télécharger ou visionner sur
des sites peux recommandables sur le net.

J’ai bien conscience que ce que je fais c’est très mal que, c’est terrible
pour toutes ces petits garçons innocents mais je n’arrive pas à me passer de
toute ses images, films ou de fantasmer sur elles quand je suis dans la rue
ou devant une école.

Je sais pas si ce n’est pas génétique mon grand père avait touché des
gamines, lui était passé a l’acte et mon oncle lui et trop bizarre et n’a
jamais eu de copine de sa vie.

J’ai souvent  envie de dire  « arrête » j’efface tout ce que j’ai de douteux
sur l’ordinateur je m’inscris sur un site de rencontre, j’essaye d’être
normal mais ça ne dure jamais je replonge je re télécharge je passe des
nuits des fois entières sur l’ordinateur, la tablette, ou même le Smartphone
a regarder ces fichier pédopornographiques.

Je suis très mal, à chaque fois que je navigue sur ces sites que je
télécharge je prends des risques j’ai beau avoir des logiciels pour
l’anonymat je suis jamais en sécurité. Si ma famille le découvrais sa serait
terrible! Puis mon filleul qui a 2 ans, quand il grandira dans 5 ans ?
Vais-je arriver à ne rien lui faire? Si ça se savait je ne le supporterai
pas je préfère encore me tirer une balle dans la tète. Tout les jours je vis
dans la crainte de voir arriver a la porte une équipe de policier ou une
lettre dans la boîte.

Je ne peux plus me voir dans une glace, je suis complètement paranoïaque,
je ne me supporte plus, je me dégoute, je ne dors plus, ça s’en ressent dans
mon travail j’en ai marre, je veux m’en sortir, je suis un grand addict.
J’ai fini par me rendre compte que fermer les yeux ou noyer le poisson ne
servirai a rien
Pourtant dans mon entourage tout le monde m’aime et me trouve des qualités
mais ils ne connaissent pas ma part d’ombre.

S’il vous plait Mme Bennari aidez-moi je veux plus être ce monstre, je ne
veux faire de mal a personne, je voudrais tant être comme tout le monde
heureux, avoir une vie saine et amoureuse.
Je n’ai pas vu sur votre site d’adresse de psychologues dans ma région.

Alors j’espère que vous me répondrez. Aujourd’hui j’ai encore fait le
nettoyage de mes disque durs, j’ose espère que ce sera la bonne avec votre
aide.

Vous pouvez me répondre a cette adresse ***********

Merci par avance.

T

Réactions et dialogue après un groupe de parole

Suite à un groupe de parole, le sentiment et la réaction d’un pédophile consommateur de la pédopornographie et prédateur virtuel sans contact direct avec les mineurs. 

Chère Latifa

Je tenais à m’excuser du ton cru et abrupt que j’ai  employé lorsque j’ai pris la parole hier pour raconter mon histoire. J’espère ne pas avoir impacté négativement les différents participants, victimes et pédophiles. Les témoignages des autres m’ont particulièrement remué. Je me suis senti sale en comparaison de l’amour coupable et condamné de B. le documentaliste (en espérant ne pas me tromper de nom). Coupable vis à vis de M., exploité dans son enfance, et dont les photos ont été diffusées, et que j’ai peut être vues. Lâche, face aux deux jeunes qui prennent tôt en main leur problème de consommation de la pédopornographie. Responsable de montrer à S. et à sa mère les monstruosités qui peuvent être commises quand on s’enferme dans son silence, seul. J’ai ressenti le besoin de vomir mon histoire, aussi laide et affreuse que je la perçois. J’y ai rajouté la colère et le désespoir que j’ai cru voir dans le mal-être de la jeune fille assise à côté de toi, et qui est partie assez rapidement.

Je prends conscience qu’il me reste beaucoup de chemin à faire afin de réconcilier mes deux « moi », et d’en parler comme  un tout. J’ai essentiellement décrit le processus destructeur que j’ai créé, et qui m’a conduit à devenir un « cyber violeur » en série. Je continue à me dégoûter à un tel niveau que j’ai de la difficulté à exprimer ce que je ressens, l’assimilant à du misérabilisme. Malgré les regards bienveillants qui m’entourent, je n’arrive pas encore à faire grandir le bon en moi.

Je dois apprendre à parler, comme le fait A., de mon «  moi  » diurne, le père aimant de mes deux enfants. Celui qui a été la béquille de sa mère pendant plusieurs années. Et de la beauté humaine de ma femme qui, malgré les tromperies et les horreurs que j’ai commises, tente de construire avec moi et nos enfants un avenir chaud et lumineux.

Participer à ce groupe de parole m’est bénéfique. Par votre écoute tous et vos témoignages, vous m’aidez à mesurer ma responsabilité, à me remettre en question, à partager mes émotions. Et toi particulièrement, Latifa, ton sourire, tes bras ouverts, et l’amour que tu diffuses m’entrainent vers un horizon empli de lumière.

J’espère ne pas avoir nuit hier, ni aux groupe, ni aux individus, et ne pas t’avoir déçu de m’être exprimé aussi froidement. Par la main que tu me tends, je suis responsable lorsque je participe au groupe, de tendre moi aussi la main aux autres pour les tirer vers le haut. J’espère n’avoir enfoncé personne par la violence de mon discours, ce n’était pas ma volonté.

Je passe par cette lettre pour t’exprimer tout ceci, même si nous devons nous parler au téléphone demain, car je ne sais pas dans quel état de force ou de faiblesse mentale je serai.

Merci un milliard de fois pour tout ce que tu apportes.

R.

Réaction et soutien d’un participant du même groupe de parole. Un pédophile en souffrance par rapport à son insertion inadaptée. 

C’est un témoignage poignant que tu apportes, R., et je peux te dire que tu es quelqu’un de bien ! Cela peut te sembler incongru venant d’une personne qui a été condamnée par la justice, mais tu ne mérites pas cette souffrance. Pourquoi dis-tu que tu dois apprendre à parler, alors que tu t’es exprimé avec une grande sincérité au groupe de parole de Latifa, et en aucune façon de manière offusquant ? Il y a des fautes que l’on commet un jour. Mais l’homme (et la femme, ceci pour éviter d’avoir les Femen sur le dos, quoi que…) sans faute n’existe pas. Un ami prêtre m’a dit un jour, alors que j’étais en prison : « L’homme est plus grand que ses actes ». 

Tu dois avant tout prendre conscience que tu as une famille qui croit en toi. Une épouse et des enfants. Il n’y a pas deux R., il y en a  qu’un seul et si un moment tu reconnais des errances, cela ne peut en aucun cas t’empêcher d’avancer SEREINEMENT dans la vie. Je n’ai senti aucune violence dans ton discours. Moi-même j’ai usé d’arguments qui pouvaient choquer, mais je n’étais certainement pas là pour blesser ni me mentir à moi-même. Le groupe de parole initié par Latifa n’a pas pour finalité l’auto-flagellation. Ce sont des rencontres qui peuvent paraître pour certains « bien-pensants » une insulte au politiquement correct, au même titre que l’obscurantisme amène à bruler les sorcières ou les hérétiques de notre siècle… N. H. m’a écrit, alors que j’étais en détention : « La justice ne peut pas comprendre, car si elle comprenait elle ne pourrait pas juger ». En reprenant cette pensée de Robert Badinter, il me signifiait que la vie n’est pas aussi simple que l’on peut l’espérer. Des circonstances, des aprioris, des convictions sociétales et religieuses amènent à croire juste ce qui ne l’est pas et inversement. Moi qui ai été condamné pour l’une des pires inculpations qui soit, je sais où est la vérité. Je dois pourtant supporter cette condamnation injuste toute ma vie. Chaque jour je crois voir le soleil se lever, mais l’obscurité s’abat au fil des heures qui passent. J’ai froid, je tremble et je pleure. Mes errances à moi m’ont conduit à l’absence totale de discernement et de JUSTICE. Et je n’y peux rien. Je sais que chaque fois que j’essaie d’exprimer la vérité, le mot « déni » résonne par ceux qui jugent ne pas s’être trompés, comme autant de couperets inquisiteurs. Pourtant j’essaie de vivre, et comme tu le dis, R., surtout grâce à Latifa, son œuvre, son courage, sa détermination, ses convictions élaborées pourtant sur ses propres souffrances. Et en ce qui te concerne, par tes proches et ta détermination, ta vie n’est en aucune manière fermée, mais offerte au bonheur. Paul Boese a dit que le pardon n’efface pas le passé, mais élargit l’avenir. Tu l’a donc devant toi, grand ouvert.

Et en passant, sincères amitiés à toutes les personnes que j’ai rencontrées chez Latifa. Toutes en souffrance pour des raisons parfois diamétralement opposées, mais qui ont réussit à faire de cette rencontre improbable un moment d’exemplarité humaniste.

Merci chère Latifa.

B.

Soutien de la part d’une victime participante aux groupes de parole. ( homme)

Cher R.,

Je n’ai ressenti aucune violence dans ton témoignage, ni d’horreur, j’étais juste fier d’appartenir à la même humanité que toi, et pensant que si tous les hommes avaient le même courage que le tien pour mettre à jour leur monstre, celui-ci serait dissous, la part du monstre qui habite chaque homme se nourrissant de l’ombre, son environnement naturel. Donc merci à toi pour ton beau et grand courage. Merci pour ta capacité à observer tes deux « moi » à distance comme un entomologiste, cette distance signifie que tu en es déjà assez libre. Tu traverses une vallée de solitude, mais nous sommes là, en coulisse, pour t’épauler et t’encourager quand tu en ressens la nécessité.

Les victimes (en tout cas les victimes résiliées) n’ont pas besoin d’un discours policé qui les maintiendrait dans leur supposée fragilité. Elles ne veulent surtout pas être prises avec des pincettes. Seule la vérité, aussi crue soit-elle, les intéresse. La vérité, pas pour réparer un préjudice, mais pour la justice. Parce que je crois que toute chose se doit d’être déliée sous peine d’ajouter du mal au mal comme le dit Camus. Je crois que notre vraie nature est solidaire, que nous sommes à la fois les briques et le ciment. Et que les victimes résiliées comme les auteurs résiliés font les meilleurs maçons du monde.

Bien à toi, R., mon frère de larmes.

M.

Impressions d’un groupe de parole

Les ressentis d’un pédophile repenti sans être passé en justice après son premier groupe de parole à L’Ange Bleu

 

A l’intention de Latifa Bennari,

 

Bonsoir,

Je tenais, par ce petit mail, à vous remercier d’avoir bien voulu nous accueillir ma femme et moi.

D’avoir d’écouté les témoignages d’où qu’ils viennent et même d’y participer m’a considérablement réconcilié avec le genre humain,

le constat le plus important étant : le discours des victimes n’est pas le discours de ceux qui prétendent les défendre.

A leur écoute, on se rend compte que les problèmes de passage à l’acte et de récidive seraient bien mieux résolus qu’ils ne le sont actuellement. Leurs témoignages sont éclairants,émouvants et convaincants, ils ne sont ni musclés ni menaçants et ne sont pas « sans appel » bien au contraire.

Si vous le jugez opportun et utile, je participerai volontiers à d’autres rencontres dans la mesure de mes moyens.

Très respectueusement,

A.

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